Skip to content
1932

L'ÉCRITURE

Lucie DELARUE-MARDRUS

L'écriture vivante au bas de ce portrait D'un ami parti de ce monde Est le témoin laissé par sa main qui courait Et qui n'est aujourd'hui que pourriture immonde.

Calligraphie alerte et gentil compliment, Toute son âme y est restée. Je regarde cela, songeuse infiniment ; L'image que je tiens en est comme hantée.

L'écriture ! Le pouls y bat donc, éternel, Sur le papier qui l'enregistre ? Un peu testamentaire, un tantinet sinistre, L'écriture, moment fixé, mental, charnel,

L'écriture qui n'est, souvent distrait, qu'un geste, Je sens que j'en ai peur parfois. Quelle sorcellerie au bout de ces trois doigts ! Je change, moi ; je meurs. Identique, elle reste.

Elle traversera des siècles, conservant, Dans sa minuscule volute, Cette nervosité d'une seule minute Sur laquelle, plus tard, des yeux iront rêvant.

Une plume, un papier, de l'encre, peu de chose, Un comble de fragilité. Et cependant, moi morte et mon époque close, On retrouvera là ma personnalité.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
L'ÉCRITURE · Lucie DELARUE-MARDRUS · Poetry Cove