L'écriture vivante au bas de ce portrait
D'un ami parti de ce monde
Est le témoin laissé par sa main qui courait
Et qui n'est aujourd'hui que pourriture immonde.
Calligraphie alerte et gentil compliment,
Toute son âme y est restée.
Je regarde cela, songeuse infiniment ;
L'image que je tiens en est comme hantée.
L'écriture ! Le pouls y bat donc, éternel,
Sur le papier qui l'enregistre ?
Un peu testamentaire, un tantinet sinistre,
L'écriture, moment fixé, mental, charnel,
L'écriture qui n'est, souvent distrait, qu'un geste,
Je sens que j'en ai peur parfois.
Quelle sorcellerie au bout de ces trois doigts !
Je change, moi ; je meurs. Identique, elle reste.
Elle traversera des siècles, conservant,
Dans sa minuscule volute,
Cette nervosité d'une seule minute
Sur laquelle, plus tard, des yeux iront rêvant.
Une plume, un papier, de l'encre, peu de chose,
Un comble de fragilité.
Et cependant, moi morte et mon époque close,
On retrouvera là ma personnalité.