Je prendrai sur mon cœur gonflé d'expérience
Ta tête de candeur et d'orgueil triomphant,
Et je te bercerai comme un petit enfant,
Toi qui n'as pas connu l'horreur de la souffrance.
Nous pouvons échanger nos passés différents :
Viens ! tu me sentiras vieille comme une mère,
A scruter les longs jours de ma jeunesse amère
Dans ces yeux que la vie a fait ouvrir si grands.
Moi qui peux sangloter des maux inexplicables,
Toi qui peux éclater du rire des petits,
Nous sentirons, heureux, solennels et blottis,
Tomber sur nous la paix des heures délectables,
Et sans doute qu'un peu de forte dureté
Me viendra de ton âme impétueuse et neuve
Et que tes durs instincts s'apaiseront au fleuve
De ma mélancolique et grave aménité…