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1932

L'AVERTISSEMENT

Lucie DELARUE-MARDRUS

Cette tête désincarnée, Ma grande aînée, Que je regarde devant moi Tout en pensant à Dieu sait quoi,

Ce crâne parle à sa manière Dans la lumière Où je l'ai remis désormais Au lieu de la terre à jamais,

Et, du bout de ses dents sans lèvres, Dit les noirs rêves, Dit l'ascétique vérité Que connaît son éternité.

— Toi que lit la foule unanime, Regarde-moi ! Un jour tu seras anonyme Comme je le suis devant toi.

Qui suis-je ?… Pas même mon sexe On ne le sait, Moi qui fus un humain complexe, Je ne suis plus que le passé.

Encor qu'on te loue et qu'on t'aime Pour tes écrits, Tu deviendras comme moi-même Un vieux rebut taché de gris.

Car il faut que ton corps accouche Après la mort De l'être sans yeux et sans bouche Que ta chair dissimule encor.

Il vit au chaud dans ta personne, Mais, un beau jour, Il faudra bien qu'il abandonne Ce doux et palpitant séjour.

— O vivante ! Tête qui pense, La mienne dort, Salue en mon vieux masque mort Ce qui sera ta délivrance.

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