Cette tête désincarnée,
Ma grande aînée,
Que je regarde devant moi
Tout en pensant à Dieu sait quoi,
Ce crâne parle à sa manière
Dans la lumière
Où je l'ai remis désormais
Au lieu de la terre à jamais,
Et, du bout de ses dents sans lèvres,
Dit les noirs rêves,
Dit l'ascétique vérité
Que connaît son éternité.
— Toi que lit la foule unanime,
Regarde-moi !
Un jour tu seras anonyme
Comme je le suis devant toi.
Qui suis-je ?… Pas même mon sexe
On ne le sait,
Moi qui fus un humain complexe,
Je ne suis plus que le passé.
Encor qu'on te loue et qu'on t'aime
Pour tes écrits,
Tu deviendras comme moi-même
Un vieux rebut taché de gris.
Car il faut que ton corps accouche
Après la mort
De l'être sans yeux et sans bouche
Que ta chair dissimule encor.
Il vit au chaud dans ta personne,
Mais, un beau jour,
Il faudra bien qu'il abandonne
Ce doux et palpitant séjour.
— O vivante ! Tête qui pense,
La mienne dort,
Salue en mon vieux masque mort
Ce qui sera ta délivrance.