Nous laisserons au gris des pages refermées Du Livre où s'obstinaient nos fronts sentencieux Tout le désir et tout l'effort, les soucieux Songes et l'ennui lourd des heures enfumées.
Lasses de chair en qui se meurent des avrils, Lasses de regards fous de rêve et d'harmonie, Lasses d'âmes où trop de raison cherche et nie, Nous voulons gaspiller des moments puérils.
Lentes de par le faix maladif de nos têtes, Hanteuses des jardins dans leurs tours et détours, Nous irons, de l'étable aux bonnes basses-cours, Respirer la torpeur bien portante des bêtes.
La couleur saine a peint aux pigeons l'éventail De leur queue, a fardé les poules promenées, Et nous guérit un peu des nuances mort-nées ; La simplesse regarde aux grands yeux du bétail ;
L'herbage réservé pour les vaches laitières A de l'herbe et des fleurs qui vont jusqu'aux genoux ; Toute la vie heureuse au soleil monte à nous De la senteur féconde et chaude des litières.
Myopes, bougonnant ente eux, viennent nous voir Les porcs bouffis groupés sur le seuil de leur bouge : L'ombre des cages luit tout à coup de l'œil rouge Des placides lapins de neige au museau noir ;
Le vieux mur berce au vent toutes ses giroflées, Le toit, sous son chapeau de lierre captieux, Nous voit par ses carreaux, dardés comme des yeux, Et rit par ses moineaux aux joyeuses volées,
Et, d'avoir tant menti dans un monde qui ment, Fera nos cils noyés sous des larmes de joie Quand le chien, dont vers nous la bonne humeur aboie, Accourra nous lécher les mains naïvement.
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