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1901

L'AMIE

Lucie DELARUE-MARDRUS

Mon âme vit en moi comme un dieu solitaire, Sans espoir désormais et doublement banni Pour avoir vainement crié vers l'Infini Sans que l'aient consolé les bonheurs de la terre.

Et mon âme parfois plus qu'à d'autres moments Souffre de s'être ainsi close sans rien connaître Des piétés en qui s'abreuve tout notre être Ou du profane amour dont pâment les amants.

Je ressuscite alors de très vieilles chimères, Rêvant de je ne sais quel être à qui m'unir, De je ne sais quel sein bon et tendre où venir Sangloter je ne sais quelles peines amères.

Mais la prière expire à mes lèvres ; mes bras Élevés vers le ciel se tordent dans le vide Et l'âme humaine n'offre à mon regard avide Qu'un lieu fermé portant ces mots : « On n'entre pas ! »

Ah j'étouffe ! Le poids de cette solitude M'écrase et me meurtrit malgré tous mes efforts, Malgré le rythme en qui je me berce et m'endors, Malgré le livre ouvert, malgré l'art et l'étude.

Et je t'évoque, toi si lointaine aujourd'hui, Mer natale, ô ma belle et grandiose amie Qui seule fis parfois mon angoisse endormie, Vers qui toujours mon cœur douloureux me conduit.

Toute seule devant ton flot pendant des heures, Je voudrais promener mon silence anxieux Et, puisqu'il n'est jamais de larmes dans mes yeux, M'écouter longuement pleurer lorsque tu pleures,

Ou bien, parmi la nuit, le fracas et le vent, A l'heure où ta tempête est à son apogée, Crier en toi, sauvage, affolée, enragée, Les cheveux dénoués et les poings en avant.

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