Je tenais ce cheval fantôme par la bride. Ses sabots, azurés aux plaines du ciel bleu, Rendaient de la musique au choc du sol aride Où ses ailes traçaient deux sillages de feu.
Il piaffait parmi la foule rassemblée. Un intime soleil empourprait ses naseaux. Et le hennissement de la chimère ailée Enchantait l'air, les cieux, les forêts et les eaux.
Au devant de son pas qui danse, la nature, Éclatant d'un immense et multiple hosannah, Venait diviniser la grande créature Pour l'honneur éternel du poing qui la mena.
Or, comme les oiseaux, autour de sa crinière S'efforçaient d'embraser de lumière leur vol, Soudain le sifflement rapide d'une pierre Effleura la courbure insigne de son col.
La première ! Aussitôt mille pierres encore Ont touché le poitrail frémissant et doré, Le sabot bleu d'azur et les ailes d'aurore ; Et l'étalon sublime est tout debout, cabré.
« Est-ce toi, mon cheval, est-ce toi qu'on lapide ? Je me retourne. Au loin le troupeau des humains Vise en grondant Celui que je tiens par la bride Et dont le sang sacré va me teinter les mains.
« O foules ! Répondez ! Répondez !… Qui donc ose ? Il passe parmi vous, l'être que les oiseaux Saluent. Et vous… ‒ Le ciel sur son passage est rose. Et l'immortalité dilate ses naseaux.
« Vous avez peur sans doute, étant choses mortelles, Ou bien avez-vous cru…« Leurs insolentes voix 4arrêtent. Ricanant et grinçant à la fois, L'unanime clameur s'élève : « Il a des ailes ! »
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