Mon chat si beau qui me méprise,
Ne m'accordant que de le voir,
Porte des fleurs de velours noir
Parmi sa douce couleur grise.
Les dessins persans du tapis
Sont moins compliqués que ses taches
Quand il s'étend, les pattes lâches,
Avec des regards assoupis.
O merveille de son pelage
Conçu par un pinceau chinois !
O féroce et câlin minois
Rayé d'un si fin tatouage !
Frère nain des tigres royaux,
Beauté familière et féline,
Voici ses prunelles, joyaux,
Son nez, cachet de cornaline.
Petit sphinx qui rêve au néant,
Je le contemple et je l'envie
Quand ses yeux couleur d'océan
Regardent plus loin que la vie,
Car je sais qu'à ces instants-là
Ce chat, fantastique chimère,
Ne songe pas à l'au-delà,
Mais, égoïstement, digère.