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1918

JEAN

Lucie DELARUE-MARDRUS

Voici qu'on t'a couché doucement dans le bleu De cette Méditerranée Et que je viens te voir aujourd'hui, mon neveu, Second mort de ma sœur aînée.

Pour monter jusqu'à toi j'ai marché sous les pins Où, calme, en pleine poésie, La rade de Toulon d'azur se rassasie, Et de profonds reflets alpins.

La grande mer au loin qui ne peut pas se taire Se voit par dessus le talus. Qu'elle semble propice aux vivants, cette terre Livrée à ceux qui ne sont plus !

Parmi des bruits perdus de vagues et de môle, Tous ces soldats couchés, sans voix, Je ne les devinais qu'au rang serré des croix Debout, épaule contre épaule.

Je pensais : « Me voici ! J'ai longé ce chemin. Je respire. Je suis la vie ! » Et j'allais vers la mort un bouquet à la main Parfumant la route suivie.

Tu reposes donc là, grand garçon vertueux Que la guerre fit héroïque ! Je n'ai pas oublié la flamme de tes yeux Où jamais ne fut rien d'oblique.

Longs et noirs ils vivaient, pleins d'indignation, Ou, d'autres fois, d'enthousiasme ; Et, lorsque tu rendis l'esprit, ton dernier spasme Dut être un cri de passion.

O jeune paladin parti pour la croisade, Petit Godefroy de Bouillon, Sous ces pins traversés par le bleu de la rade, Que dorme ton cœur de lion.

La grande mer est là pour bercer tes longs rêves Et tes courtes réalités. Dors pour toujours au bruit des vagues sur les grèves Et du vent dans les pins hantés.

Sur notre route humaine où tout élan dévie, Qu'aurais-tu fait de ta vertu ? Quand on est comme toi, mon pauvre enfant, vois-tu, La mort vaut bien mieux que la vie.

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