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1920

JE ME SOUVIENS

Lucie DELARUE-MARDRUS

Je me souviens… Pendant que l'on murait sa tombe, Dans ce bel arbre qui surplombe Chantait sans cesse une colombe Le cimetière autour semblait un parc immense

Je me disais : « Tout recommence, C'est le château de son enfance « Nous qui pleurons ici ne sommes que ses filles. Ci-gît, sous ces calmes charmilles,

La première de ses familles « Une race l'attend sous la pierre ancienne, Très finement parisienne, Et cette race, c'est la sienne

« Tous et toutes, gens d'art et de haute culture, Habitent cette sépulture, Funèbre villégiature, « Des aïeuls, des parents, et son père et sa mère,

Jeunes et vieux, vie éphémère, Longue mort sous la terre amère. » Et, devant le caveau de forme noble et belle Qu'enchantait cette tourterelle,

Songeant qu'elle entrait là chez elle, Je disais à ces morts qui la happaient si vite : — « Oh ! notre infidèle petite. ! C'est donc pour vous qu'elle nous quitte ?… »

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