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1918

INVITATION A JEANNE D'ARC

Lucie DELARUE-MARDRUS

Mademoiselle Jeanne d'Arc, Sœur à cheval du beau saint Georges, Ne savez-vous pas que nos forges Font mieux que la flèche et que l'arc ?

O jeune fille capitaine Qui portez le plus beau des noms, Venez voir comment notre haine Tonne et crache dans nos canons.

Souffrir pour bouter hors de France, Vous avez su le faire, vous ! Vous vouliez user vos genoux, Venez donc voir notre souffrance !

Venez voir, dans les quatre vents D'une incessante et folle foudre, Comment ils se laissent découdre, Nos soldats enterrés vivants ;

Comment, changés en nids de guêpes, Ils meurent parfois enfumés, Tous ces fils, tous ces bien-aimés Pour qui se portent tant de crêpes.

Ah ! Certes, au fond du ciel clair Ce n'est plus la voix des archanges, Mais le ronflement des phalanges Sombres des destructeurs de l'air.

Nous nous gardons à droite, à gauche, Et nous nous gardons au-dessus. Nous sentons partout qu'on nous fauche Sans jamais pouvoir courir sus.

L'ennemi, quelque nom qu'il porte, Est encore une fois chez nous. A nous, Jehanne aux yeux si doux ! Venez ça lui montrer la porte !

Délivrez-nous comme autrefois, O chaste et furieux fantôme ! La France est toujours un royaume Dont tous les Français sont les rois.

Adolescente harnachée Qui portez casque de soldat, Nos gens vous salueraient, oui-dà, Si vous veniez dans la tranchée.

Et lorsque seraient répartis Ceux-là qu'on hait et qu'on méprise, Vous nous diriez : « Adieu, petits ! » Et retourneriez à l'église.

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