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1918

INVITATION

Lucie DELARUE-MARDRUS

Venez. La guerre gronde, émoi quotidien. Elle nous a versé des cendres sur la tête. Venez. Je vous invite à la funèbre fête De l'automne qui vient.

Ma petite maison navigue en pleine automne. Tout en fenêtres, claire, elle ouvre sur du blond. Les feuilles, on dirait, tombent dans le salon. Au loin le canon tonne.

L'estuaire et la ville au bord, avec ses mâts, Dans les petits carreaux du vieux temps, font image. Ici c'est un clocher, là c'est un bout d'herbage. Des clairons crient, en bas.

Ma maison est là-haut dans la sombre avenue Où la saison s'effeuille en des chocs très petits. An bout des vieux tilleuls, une statue est nue… Tous les gas sont partis.

Venez ! Dans l'âtre noir le feu baisse et s'élève, Les jours sont courts… Venez ! Les paumes à nos fronts, Parmi l'automne, au coin du fou, 11ous attendrons La fin du mauvais rêve.

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