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1901

INGUÉRISSABLEMENT

Lucie DELARUE-MARDRUS

Silencieuse et seule avec mon rêve amer, Au fond de mon âme démente, J'entends que se lamente Toute la mer.

Elle y souffre le mal de ne pouvoir se taire, D'être changement, mouvement, Anxiété, tourment, Horreur, mystère !

Elle y pleure qu'elle est insondable et sans bords, Qu'elle roule, étrange et perverse, Sous sa face diverse, Tous les remords.

Elle y hurle que c'est en vain qu'elle fascine, Que l'on devrait en avoir peur, Que son charme est trompeur, Qu'elle assassine !

Et cet appel, surtout, de tous ses rythmes fous Vers le ciel qu'elle ne peut prendre, Se mirant sans descendre En son remous !

Ah ! cette plainte égale et double qui déclame ! Ce semblable flux de sanglots ! Ah ! tous les tristes flots, Toute mon âme !

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