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1918

IN EXCELSIS

Lucie DELARUE-MARDRUS

O poètes passés qui mourûtes jaloux Des aigles et des hirondelles, Vous qui vous épuisez à demander des ailes, Voyez ! Les ailes sont à nous !

Après la cathédrale et les arts et les livres, Nous nous sentions devenir vieux. Mais voici de nouveau que nos esprits sont ivres Comme aux temps les plus fabuleux.

Plus haut que les clochers et que les cathédrales, Plus haut que les flèches des tours, Nous montons, à travers les ciels ardents ou pâles, Et tous les chagrins sont moins lourds.

Le grand siècle, c'est nous ! C'est nous la Renaissance La gloire ?… Elle est de notre temps. Oui, c'est nous les héros modestes et contents, Oui, c'est nous la plus belle France.

Ce que nous avons fait, sans effort, d'un élan, Napoléon n'a pu le faire, Car nous avons conquis, après tout, l'Angleterre, D'un simple revers de volant.

Nous avons dépassé les bêtes empennées Au creux du plus profond azur. Il n'y a plus d'obstacle, il n'y a plus de mur, Il n'y a plus de Pyrénées.

Les héros, aujourd'hui, croissent comme des fleurs. Nous pouvons redresse l'échine. Nous possédons enfin l'idéal des rêveurs Réalisé par la machine.

Haut la tête ! Écoutons passer le bruit du vol ! L'air s'emplit de frissons étranges. Nous avons repeuplé le ciel de ses archanges, Nos pieds ne touchent plus au sol.

Et vous, hommes-oiseaux, race forte et légère, Si parfois vous prenez à bord L'invisible, fatale et lourde passagère, La compagne sans yeux, la mort,

Si du haut du zénith elle vous fait descendre Vertigineusement en bas, Songez que le phénix renaîtra de sa cendre Et que vous ne périrez pas,

Car, de votre sang clair, surgiront des apôtres Prêts à reprendre votre essor, Et si ce n'est pas vous, ce sont d'autres et d'autres Qui monteront plus haut encor !

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