Ils disent : « Tout le monde, après tout, perd sa mère
Ce n'est pas extraordinaire. »
Et, devant le regard de leur banalité,
On songe : « Oui !… Formalité. »
Ainsi donc il n'est pas d'éternelle épouvante
Au fond de votre âme vivante ?
Vos mères, lorsque l'âge a raidi leurs genoux,
Sont mortes aussi devant vous ?
Ce n'est sans doute pas pour nous la même chose
— Frêle, humble et jolie, une rose,
Rose toujours cachée et toujours parfumant,
Voilà ce qu'elle était, maman
Rougissante d'avoir en elle tous les doutes,
Elle était notre enfant à toutes,
Et, chacune de nous, l'aimant à sa façon,
Lui faisait, je crois, la leçon
Si petite au milieu de tant de grandes filles
Qui recommençaient des familles,
On n'aura jamais su le fond mystérieux
De son regard aux larges yeux
Intimidée et douce, un peu froide, humble et bonne,
Était-ce une grande personne ?
Quant à moi, je sais bien comme mon cœur se fend,
Et que j'ai perdu mon enfant.