J'allais par les Champs-Élysées Vers l'Arc, porte de l'horizon. Les jets d'eau, comme des fusées, Montaient dans la belle saison.
Mai. Fleurs et fleurs. Et ces nuages Sur les marronniers flamboyants. Paris remuait ses images, Scintillait de tous ses brillants.
La foule qui descend et monte, Je la traversais d'un vol droit, Pressée, ayant comme une honte De regarder tout ce qu'on voit.
Dans cette lumière câline Du mois de mai qui pleut tout doux, J'allais au dernier rendez-vous. C'était la mort de Jacqueline.
Jacqueline… dans chaque nid Le monde naît. La vie est belle. Que Paris est charmant ! Pour elle, Tout est fini, tout est fini.
Ombres, lumières, silhouettes, Tout ce que l'on croise en passant, Ce bouillonnement incessant, Gravures faites et défaites,
Le passé plein de souvenirs, Le présent et sa fantaisie, Le réel et la poésie, Les proches, troublants avenirs,
Tout ce que l'âme curieuse Peut attendre de l'imprévu Après ce qu'elle a déjà vu ; L'aventure sombre ou joyeuse,
Les saisons, les villes, les champs, Le monde moral et physique, L'art, la pensée ou la musique, Ce que font les bons, les méchants,
L'existence, enfin, l'existence, Ce danger auquel nous tenons Malgré nous, quel que soient nos noms, Matelots toujours en partance.
Nos brusques désirs d'infini Ou notre incroyance hantée, L'amitié, seule ancre jetée Dans l'océan — tout est fini.
Elle était grande, simple, forte. Elle a refermé ses yeux verts, Et voici que tout l'univers Meurt d'un coup avec cette morte.
Nous, nous restons encore là, Et nous continuerons sans elle A vivre un moment tout cela, Suivis par son ombre irréelle ;
Mais pour elle, fini, fini… Jacqueline, hélas ! Jacqueline !… Il nous reste, au jour qui décline, Ce tombeau qu'un prêtre a béni.
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