Elle est tombée en plein combat,
Et nous, dont elle est arrachée,
Soldats de la même tranchée,
Nous survivons, honteux de notre cœur qui bat.
Vers la nuit où la mort l'emmène
Nous nous tournons, avec l'espoir
Qu'au-delà de ce grand trou noir
Elle sourit dans la lumière surhumaine.
Créature d'élection,
Vaste esprit et cœur magnifique,
La bonté fut sa passion.
Son destin abrégé ne connut rien d'oblique.
Elle allait tout droit son chemin,
Simple et grande. Il est des apôtres
Occupés du progrès humain.
Jacqueline, elle, avait sa mission : les autres.
Elle a clos ses yeux opalins.
La mort nous referme sa porte.
Nous sommes tous les orphelins,
Tous, même les plus vieux, de cette jeune morte.
Que du moins son enseignement
Reste une présence réelle.
Essayons de faire comme elle,
Nous qui la regrettons inconsolablement.
— Adieu. Tu nous laisses la terre
Et la tâche d'y marcher droit.
Mais que plus dure, plus amère
La route qu'il nous faut continuer sans toi !
Adieu. Nous allons tout à l'heure
Dans la bataille retourner.
Toi, goûte, pendant qu'on te pleure,
Ton grand repos, si bien et si vite gagné.