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1930

HYPOTHÈSE

Lucie DELARUE-MARDRUS

On nous dit un jour : « Il est décédé. » Et nous, vers le ciel, nous levons la tête. O linceul, cercueil, dernière toilette ! C'est plutôt en bas qu'il faut regarder.

L'au-delà qu'on cherche au fond de l'espace, Dans le vide bleu qu'on aime et qu'on craint, L'au-delà des morts, il est souterrain. Ne savons-nous pas juste à quelle place ?

L'au-delà des morts, pauvre et funéral, Il n'a que six pieds au creux de la terre. Et qui nous dira si le grand mystère N'est pas de muer l'homme en minéral ?

Cet aimant auquel notre pas s'attache, Par qui nous traînons notre pesanteur, N'est-ce pas cela, sans que nul le sache, Ce qu'on nomme ciel, éternel bonheur ?

Descendre à jamais vers l'obscure force Qui mène le feu, l'eau, la terre, l'air, Vers l'attraction électrique et torse Qui règle l'amour et règle l'éclair.

Vers cet Inconnu du centre du globe Dont nous nous servons sans en savoir rien, Si c'était cela le suprême bien Que toujours on cherche et qui se dérobe ?

Si c'était cela le suprême lieu Si longtemps rêvé par delà les astres ? ‒ Après l'existence et tous ses désastres, Retourner au sol… retourner à Dieu !

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