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1918

HONFLEUR

Lucie DELARUE-MARDRUS

L'ombre d'un grand nuage est sur l'eau comme une île. L'estuaire est plus beau qu'aucune fiction. La vieille navigation Bat des ailes parmi la ville.

Après les toits salés commence le grand foin, Et les fermes sont là dans le bleu des herbages. L'odeur des pommes vient de loin Se joindre au goudron des cordages.

Je n'ai pas vu la fin de mes ravissements, Honfleur tout en ardoise où pourtant je suis née, O ville riche d'éléments, Nombreuse, bien assaisonnée.

Sont-ce tes toits vieillots qui se pressent si fort, Ta petite marine et la campagne verte Que je chéris, ou bien ton port Qui te fait toujours entr'ouverte ?

Rien que de bon, de pur, pour cette ville-ci ! Moi qui suis pour jamais vouée à la chimère, Je l'aime simplement, ainsi Qu'on aime son père et sa mère.

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