Mon frère Maupassant que j'ignorais encore,
En vous lisant, je songe à vous pieusement.
Vous fûtes généreux de feuillage et de flore
Et bien enraciné comme un pommier normand.
Ah ! votre âme, qu'elle est émue et qu'elle est chaude !
Et comme notre sol riche vous a nourri !
Vous avez respiré chez nous tout ce qui rôde
De vigoureux, de copieux et de marri,
Elle est, d'ici votre pensée hallucinée
Par la brume, et pourtant attachée au réel.
Je voudrais vous bercer comme une sœur puinée,
Vous qui n'êtes pas mort, mais immatériel.
Si vous êtes fantôme, esprit, souffle qui passe,
Si vous venez errer au pays dans le vent,
Vous qui, par la pensée, êtes toujours vivant,
Écoutez, écoutez ! je vous aime, ma race !
Je vous aime et veux croire, ô pauvre homme amoureux
Qui de la mort aviez une terreur si grande,
Que vous pouvez encor, quelque part, être heureux,
A cause de ce cri de votre sœur normande.