La cloche de ce soir sonne la mort au loin,
Sur la ville qui dort à nos pieds dans le foin.
Elle sonne à longs coups au fond du soir tranquille
A longs coups, pour un mort quelconque delà ville
Sur l'estuaire gris et les sables mouvants,
Elle sonne la mort pour nous aussi, vivants.
Elle sonne pour nous, c'est pour nous qu'elle pleure,
Car chaque heure du jour est une dernière heure.
Ah ! le jour !… Du matin jusques au soir subtil,
Le jour qui naît et meurt, que nous apporte-t-il ?
De sa candide aurore à son couchant suprême,
Que nous apporte-t-il, le jour, sinon nous-même ?
Nous-même… L'univers environne chacun
Comme, autour delà fleur, palpite le parfum.
Nous-même seulement, nous-même et l'existence
Qui, toujours de retour, est sans cesse en partance.
La cloche de ce soir au loin sonne la mort
Pour ce qui naît et meurt et recommence encor.
— L'existence, ici-bas, sera sans nous suivie…
La cloche de ce soir au loin sonne la vie.