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1908

FUMERIE D'ÉTÉ

Lucie DELARUE-MARDRUS

La maison est obscure au fond de la chaleur. Comme, profondément, je respire l'étoile De tabac, l'existence est à travers un voile, Hormis l'étoile en feu qui ravage mon cœur.

Je suis d'avance mûre en longs plis. Je possède Des sens orientaux rêvés par l'Occident. Dans ma bouche, déjà, la .mort montre les dents. Mais l'été m'engourdit d'un bercement si tiède !

C'est l'absence. Ce sont les jours coloniaux. On ne pourra jamais revenir de ces choses ; On est la cantharide ivre au creux d'une rose… Au retour, nous serons étrangers jusqu'aux os.

Qu'on se taise. Je vis d'ouate et de silence. Maintenant, maintenant, saurais-je d'où je sors ? Est-ce que je finis ? Est-ce que je commence ? — Qui me fera jamais lever d'entre les morts ?

Petite cigarette en or d'extrême été Au bout de quoi le monde flanche, A cause de ton feu mon être est tourmenté Par un songe de ma peau blanche.

Loin d'ici, des drapés sur des visages bruns. Des jours les plus chauds de la terre, Des pâmoisons de fleurs couveuses de parfums. J'ai rêvé de rhum solitaire.

Parce que les regards humains qui me voyaient Ne pouvaient pas voir mes merveilles. J'ai voulu de grands soirs marins qui louvoyaient D'Anglais seul avec ses bouteilles,

Pour, loin à tout jamais des mondes, sur un flot, Parmi l'odeur saumâtre, vivre Dans la cabine saure et contre le hublot Ineffable d'un bateau ivre.

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