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1901

FREDONS

Lucie DELARUE-MARDRUS

Fredonnez, les deux mains traînant au piano Et les yeux noyés dans le vague, Si vagues vos grands yeux vagues comme la vague Et si vagues vos doigts libres de tout anneau !

Fredonnez, les deux mains traînant au piano. Caresse aux doigts, d'ivoire, et de charme à vos lèvres, Musicale frôlée au cœur, Chant tout bas, si majeur, si mineur, si moqueur,

Menuet et sanglot perlé de notes mièvres, Caresse aux doigts, d'ivoire, et de timbre à vos lèvres ; Charme comme d'entendre à travers la cloison Chanter une voix inconnue,

Charme d'une chanson on ne sait d'où venue Par qui sont dans les yeux les larmes sans raison, Charme comme d'entendre à travers la cloison ; Trouble d'un baiser pris et dont on ne regoûte,

Énervement de l'incomplet, Fantôme comme aux eaux les choses en reflet, Volupté du regret, du souvenir, du doute, Trouble d'un baiser pris et dont on ne regoûte.

Fredons où l'âme écoute en cherchant à saisir, Vos fredons si légers, si tristes ! A cause du mystère en eux fredons artistes, Fredons chers pour laisser après eux un désir,

Fredons où l'âme écoute en cherchant à saisir.

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