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1902

FONTAINE

Lucie DELARUE-MARDRUS

Si la soif en passant te mène à la fontaine, Penche-toi, les deux mains au bord humide et gris, Et vois monter la fleur de ta bouche lointaine Du fond de l'eau tremblante où ton fantôme est pris.

La fraîcheur d'un baiser touche ta lèvre nue ; Derrière la rencontre erre le firmament ; Et, sur ta tempe, avec un clair frémissement, Une rose rejoint son image venue.

Et tu rougis, croyant avoir aimé quelqu'un En l'apparition fugace et submergée Qui, pensive, hantait l'atmosphère d'emprunt Et te donna sa bouche au cœur d'une gorgée…

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