Skip to content
1930

FINALEMENT

Lucie DELARUE-MARDRUS

J'errais au soir tombant dans la région pâle Au bord sombrement violet De la vase couleur d'opale Où l'on entend au loin appeler le sifflet

Triste et doux d'oiseaux invisibles. Ici, lai mer qu'on ne voit pas, Perdue à l'horizon dans des gris indicibles, Semble devoir toujours, toujours rester là-bas

Où la mit la basse marée. Et la couleur du ciel, dans la vase mirée, Étend un firmament de nacre sous les pas. De nuage est pareil à l'onde,

La terre devient vase et le fleuve océan, Et tout semble sortir lentement du néant, Comme au commencement du monde. Fleuve et mer ! Estuaire imprécis et salé !

C'est là qu'est mon pays fécond et désolé, Là que j'attends le flot lorsqu'il s'en est allé, Sachant qu'il reviendra sur sa déserte grève. C'est là que mon obsédant rêve

Guette, guette à jamais la sirène du Nord Qui chanta tout un jour, autrefois, dans le port. Et le ciel, l'eau, le sol, la vase aux pâles flammes Sont, pour mes yeux remplis par un songe éternel,

Le vivant monstre maternel D'où mon être naquit avec toutes ses âmes.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
FINALEMENT · Lucie DELARUE-MARDRUS · Poetry Cove