La saison est venue où s'apaise le cri
De Juin, Juillet, Août, verdure monotone ;
Et ma rose invisible apparaît et fleurit.
‒ Voici l'automne.
Chaque année, aux abords de ta grande toussaint,
Automne qui m'a faite et qui m'a mise au monde,
Mon esprit se rappelle être né de ton sein,
Automne blonde.
A moi tes longs couchants, les feuilles dans mes mains,
A toi mon regard noir, ma passion intime,
Automne dont la pourpre est parmi les chemins
Comme un grand crime.
Aujourd'hui je sais bien qu'en passant le vent tord
Autant de trépassés qu'il est de feuilles mortes,
Que la guerre a surgi pour ouvrir à la mort
Toutes les portes,
Et lorsque je m'en vais, au crépuscule, voir
Quelle couleur a pris ma saison bien-aimée,
Je sens derrière moi marcher des corps d'armée
Au fond du soir.