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1918

FANTÔMES

Lucie DELARUE-MARDRUS

La saison est venue où s'apaise le cri De Juin, Juillet, Août, verdure monotone ; Et ma rose invisible apparaît et fleurit. ‒ Voici l'automne.

Chaque année, aux abords de ta grande toussaint, Automne qui m'a faite et qui m'a mise au monde, Mon esprit se rappelle être né de ton sein, Automne blonde.

A moi tes longs couchants, les feuilles dans mes mains, A toi mon regard noir, ma passion intime, Automne dont la pourpre est parmi les chemins Comme un grand crime.

Aujourd'hui je sais bien qu'en passant le vent tord Autant de trépassés qu'il est de feuilles mortes, Que la guerre a surgi pour ouvrir à la mort Toutes les portes,

Et lorsque je m'en vais, au crépuscule, voir Quelle couleur a pris ma saison bien-aimée, Je sens derrière moi marcher des corps d'armée Au fond du soir.

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