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1905

EXCÈS

Lucie DELARUE-MARDRUS

Musique, art et bouquins : le royaume des âmes. Mais si l'on veut quitter sa chambre, quelquefois, Si l'on veut vivre, où sont les reines et les rois ?… — Vivre n'est qu'un pays plein d'hommes et de femmes.

Ce soir, honteuse d'être aussi l'humanité, Je me lève. Je veux partir sur une route Inconnue, impossible, où n'auront pas été La faim, la soif, l'amour, tout ce qui me dégoûte.

Ce soir, je hais l'automne au sous-bois roux et brun : C'est l'été mort d'ardeur qui traîne en sa jonchée. L'ardeur… L'amour… Comment oublier que chacun Porte son sexe ainsi qu'une bête cachée ?

Comment ne plus savoir l'éternel appétit D'exister, qui, partout, mange, boit, aime, essaime, Et que l'automne est prête au printemps, elle-même, Comme quelque femelle à faire son petit ?

Partir ! Partir !… Je veux secouer mes épaules ! Une automne amoureuse et meurtrie est en moi… — Ah ! marcher vers la neige infertile des pôles Où l'amour crève enfin de silence et de froid !

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