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1920

ÉTERNITÉS

Lucie DELARUE-MARDRUS

De même qu'on se couche, au soir, Pour gésir au fond des ténèbres, De même on s'en va, dans le noir De la mort, ranger ses vertèbres

Sommeil, ô ténèbre, ô néant ! La mort n'est-elle pas pareille ? Mais au matin l'on se réveille Bavard, lucide et remuant

Veille et sommeil font la balance. Sort-on aussi du dernier lit Après avoir dormi, d'oubli, L'équivalent d'une existence ?

Donc, aïeuls et petits-enfants Se repasseraient la même âme. Vous seriez, tombeaux étouffants, Futur homme ou future femme

Que le germe des lendemains, La descendance l'ait en elle ! C'est l'éternité des humains, Non l'éternité personnelle

Si quelque nièce que voilà Doit remettre au monde ma mère Que m'importe, orpheline amère, Que m'importe cet au-delà ?

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