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1930

ÉPILOGUE

Lucie DELARUE-MARDRUS

Je donne rendez-vous, dans l'avenir lointain, A ceux qui liront mes poèmes. Car j'y aurai laissé, morte, mes moelles mêmes, A l'écart de mon temps que je n'ai pas atteint.

Ces générations invisibles encore Que porte déjà dans ses reins L'enfance d'aujourd'hui, candide et frêle flore, Seront plus près de moi que mes contemporains.

Ceux-ci, que détournait ma présence réelle Nonobstant jeunesse et beauté, Seront restés, devant mes immenses coups d'aile, Froids, et comme frappés de morne cécité.

En vain aurai-je été, dans mon ombre anxieuse, La femme même de mes vers. J'aurai brûlé pour eux comme une humble veilleuse. Leurs yeux à mon soleil ne se sont pas ouverts.

Je désespère d'eux maintenant, ayant l'âge Où le destin s'est accompli. Amen ! De tous ceux-là détournant mon visage, Je chante dans l'ivresse amère de l'oubli.

Comprendrez-vous jamais, races pas encor nées Parmi quoi j'aurai mes amis, Tout l'élan, tout l'espoir, tout l'amour que j'ai mis Dans ces heures de foi que je vous ai données ?

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