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1908

ENTHOUSIASME

Lucie DELARUE-MARDRUS

La liberté cambre nos reins, Jour et nuit, sur le dos des bêtes à tous crins. Et nous nous sourions au vol des chevauchées. Car nous sommes bien loin de la crasse et du fard.

De l’autre côté du départ. Où peuvent reverdir les âmes desséchées. Les autres sont restés là-bas A gémir, à serrer du vide plein leurs bras

Dans la mollesse européenne : Vivent nous qui passons une fougère aux dents ! Plus besoin d’être doux, ni sages, ni prudents ; Nous sommes seulement, toi le mien, moi la tienne.

Aimes-tu, galopant loin des foyers mesquins. Ton petit compagnon des chemins africains Où tour à tour l'orage et le beau temps s’embusquent ? Moi, je m’aime d’avoir à jamais oublié

Ce qui me fit jadis ou souffrir ou plier. Sentant enfin complète en moi mon âme brusque. Je m’aime de n’avoir que ma tendresse au cœur. Si forte, que, parfois, seule, elle me fait peur.

Dans la guerre inconnue et longue du voyage. Et de vivre ainsi toute avec Le même élan Qu’un cavalier rué parmi les paysages. Qui s'esclaffe, un éclat de lance dans le flanc !

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