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1902

ÉNERVEMENTS

Lucie DELARUE-MARDRUS

Corps à corps… Nos désirs brûlent, nos bouches s'offrent, Mais nous ne voulons pas sentir toute la joie. Seins contre seins à travers les étoffes, Viens ! Gardons entre nous ces laines et ces soies.

Tes yeux fuient mon regard ; la tête se dérobe ; Nos mains rôdent le long des robes. Respirons de tout près l'âme de ce baiser Que nous ne voulons pas, ce soir, réaliser.

Sens-tu comme nos genoux tremblent ? Ah ! ce désir des hanches amoureuses ! Ah ! céder !… Défaillir ensemble !… Mourir !… Prendre !… — Cherchons nos doigts ; tâchons d'unir nos paumes creuses.

Des profondeurs, en nous, grandissent, inconnues ; Étreignons-nous au moins de toutes nos mains nues. Ma bouche sent déjà la forme de ta bouche : Mais nous reculons avant qu'elles se touchent,

Pour que nos sens cabrés souffrent l'ardente joie De s'être, en sanglotant, arrachés de leur proie !

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