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1905

ENCORE LES BERGES

Lucie DELARUE-MARDRUS

Les maisons avec leur secret frisson D'existence interne et savante, Les jardins ordonnés que l'été calme évente, La blanche vie à l'unisson,

Cela ! ce bonheur tranquillement le nôtre, Nous le lâchons par les beaux soirs, Las du luxe, saisis du soudain désespoir D'être à bout de tout, l'un et l'autre.

Les maisons avec leur secret frisson, Nous les fermons pour cette berge Qui sent bon et mauvais le foin et le poisson, Et dont plus d'un feu rouge émerge.

La Seine nous suit d'un laiteux détour Quand nous marchons vers la guinguette ; Assise sur l'eau douce et blanche, se reflète L'île noire de Billancourt.

Et c'est l'aventure humide et vineuse Que sécrètent l'usine et l'eau, La populace forte et louche, gueulant haut, Les poings à ses hanches de gueuse.

La misère, ici, remplace l'ennui. — Perdus dans cette vie éparse, Nous faisons un repas de friture et de nuit Comme un rôdeur avec sa garce.

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