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1905

ENCORE JUILLET

Lucie DELARUE-MARDRUS

Juillet, juillet, je sais que ton foin au soleil Sent bon et fort au bout des prés de Normandie ; Je sais, à la chaleur qui me laisse engourdie, Que tu reviens là-bas, tranquillement pareil.

Juillet, juillet, je vois ici d'autres natures, D'autres ciels variés, d'autres prés, d'autres eaux, Mais pas mes pommiers ronds penchés sur mes clôtures, Ni mes herbages verts, ni mes beaux bestiaux.

Juillet, juillet, je sais mes grands soirs dans mes meules, Lorsque la nuit qui vient élève un croissant clair, Qu'entre les arbres noirs luit encore la mer Et qu'on s'assied au cœur des choses, toute seule.

Juillet, juillet, j'entends encore tes grillons Éperdus, qui faisaient trépider le silence. Je verse encor les pleurs de mon adolescence Sur l'heure qui se hâte et que nous oublions.

Juillet, juillet, juillet !… je porte dans mes moelles Le pays où je fus, tout ce que j'ai été Dans tes foins, quand le cri tragique de l'été Montait en moi parmi l'averse des étoiles !…

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