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1951

En Mer

Lucie DELARUE-MARDRUS

Mes hublots sont pleins d'Atlantique Et je n'y puis plonger la main. Le bateau va droit son chemin, Livrant sa bataille nautique.

Loin sur les terres, c'est l'été, Mais sans saisons est le voyage. Mon esprit tourne dans sa cage, Prisonnier de l'immensité.

La mer jette sur mes sabords Des tonnes, des tonnes d'eau sombre. Une écume en frange les bords, Subite lumière dans l'ombre.

Cette eau glaciale qui bout, Cette colère incohérente Qui porte un nom à chaque bout N'est ici, neutre, indifférente,

Que !'Océan, trait d'union Entre de lointaines patries, Prêt à noyer dans ses furies Chaque drapeau comme un haillon.

De tous les temps, âge de pierre, Élément sans cesse bravé Mais dont nul progrès n'a pu faire Un nouvel esclave entravé,

La mer, la mer, ce monstre libre, Je l'écoute, du trou profond De ma cabine, et mon cœur vibre D'un désir d'aller par le fond.

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