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1918

EN L'HONNEUR DE J. S. BACH

Lucie DELARUE-MARDRUS

Jean Sébastien Bach, père de la musique, Inépuisable source aux murmures sans fin, Ici je te salue, immortel séraphin Qui ne laisses en nous rien vivre de physique

Touchant le bleu du ciel, toute sculptée à jour, Ton église de sons s'élève, magistrale, Et, quand nous pénétrons dans cette cathédrale, Nous croyons en un Dieu de justice et d'amour.

Credo !… chante ton œuvre à nos siècles athées, Credo !… je satisfais poésie et raison ! Credo !… ma moindre page élargit l'horizon, Credo !… tout l'infini s'ouvre sur mes portées !

« Au travers de l'orchestre, heureux, souvent joyeux, Sur mon clavecin grêle et sur mes grandes orgues, Je chante, et, doucement, je fais pleurer vos yeux, Pour calmer vos chagrins, vos orgueils et vos morgues.

« Je fais lever vos fronts vers d'autres absolus. Loin du monde discord mon souffle vous emporte, Venez communier, avec des cœurs d'élus, A ma perfection sereine, chaste et forte !

« Les miracles des saints, chaque jour je les fais ! Les âmes, à ma voix, toutes deviennent belles. Les épaules, soudain, ne sentent plus le faix De vivre, mais le poids formidable des ailes.

« Venez tous ! Le chemin de la vie est peu sûr, Prenez-moi par la main pour passer le portique Qui mène par le juste et l'abstrait et le pur Vers la divine horreur de la mathématique !…

Et nous, nous répondons : « O Bach ! nous voulons bien ! Veuille nous prosterner dans une extase austère Fais taire autour de nous tout ce qui doit se taire, Sois notre conseiller, sois notre ange gardien !

« Le monde où nous vivons se meurt d'être si triste, Accorde nos esprits à ton sublime la ! Viens nous persuader, ô Bach ! de l'au-delà Auquel nous voulons croire et qui, peut-être, existe… »

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