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1920

EN DEUIL

Lucie DELARUE-MARDRUS

Le cri horrible de ma vie, Depuis le temps que je le tais, Le voici donc : moi, j'apportais, Grande vivante inassouvie,

Toute ma merveille à la vie Quel fut mon destin enchanté ? Ma jeunesse fut-elle heureuse ? On dit : célèbre… glorieuse…

La gloire ? Ah ! quelle saleté ! Haro sur tout être enchanté ! Les dires de leur hérésie Ont fait souvent rougir mon front,

Mes yeux pleurer. Horreur ! ils ont Interprété ma poésie ! Oh ! leur venimeuse hérésie ! J'avais mon secret en dedans,

Interne réponse à leur crime, Ma solitaire vie intime, Ma chère enfance aux belles dents, Tous mes souvenirs en dedans

Et voici ce tournant de page. Une morte a pris mon trésor. Mon enfance est frappée à mort, Et, subitement, j'ai mon âge.

— Que seule à ce tournant de page ! Mon âge !… Tout mon cœur dit :Non ! Pour aller du côté de l'ombre, Pas d'enfant, pas de compagnon ;

Moi-même, camarade sombre Aux bonheurs d'ici disant : Non ! Ainsi l'heure est enfin venue D'être moins jeune que toujours ;

Connue, hélas ! et méconnue, Je dois voir s'assombrir mes jours, Et cette mort est survenue ! Mon nom reste à jamais public,

M'ôtant le charme d'être seule. La foule aux yeux de basilic A mis à mon cou cette meule, Mon nom, mon pesant nom public

L'ironie où plonge ma vie Me fait sourire amèrement. Tandis que ma route dévie, Tandis que j'appelle maman,

On ricane autour de ma vie Tout mon être désespéré Demande à reposer sous terre Je veux aller où j'oublierai,

Je veux aller avec ma mère. Mon cœur est trop désespéré Je veux retourner auprès d'elle, Comme elle avoir froid à jamais.

Je veux sa ténèbre éternelle, Je veux son néant. Je l'aimais, Je veux retourner auprès d'elle Je veux tout quitter pour la mort,

Tout quitter, me quitter moi-même. Je crie et pleure sur le bord De cette profondeur suprême ; La mort, la mort, je veux la mort !

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