Skip to content
1932

ÉLÉGIE

Lucie DELARUE-MARDRUS

Au tournant de l'allée où septembre se dore Nous attardait parfois un colloque subtil. Il est mort. Je lui parle encore Mais oh ! M'entend-il ? M'entend-il ?

Ailleurs, c'est quelque vieille et sensible demeure. Des amis y étaient, ou même des parents. Le jour est venu : je les pleure Et cherche leurs spectres errants.

Presque partout, depuis que l'âge m'a changée Et dans mon être a mis cette maturité, Je puis me dire : "Ils ont été !" Je rôde dans un hypogée.

Tout autour de soi, voir un monde qui vivait Tomber, feuilles au vent d'une saison finie, Même un simple chien qu'on avait Et qui vous tenait compagnie…

Ceux qui restent sont là, péremptoires et forts. On se croit éternels, on se querelle, on s'aime. Mais demain ?… Dès la terre même, C'est le dialogue des morts.

Vivre, ou plutôt survivre ! Un escalier de tombes Nous mène lentement vers nous ne savons quoi. Et sur chaque degré plus froid, Se taisent les voix des colombes.

Et nous montons, toujours plus seuls, dans plus de noir, Peinant à chaque pas, cet escalier funèbre Qui mène vers plus de ténèbre Ou bien vers le final espoir.

— Je ne puis que redire en tremblant la prière Apprise d'un de ceux qui me furent ôtés : "Oh mon Dieu, si vous existez, Faites-moi voir votre lumière !"

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
ÉLÉGIE · Lucie DELARUE-MARDRUS · Poetry Cove