Au tournant de l'allée où septembre se dore
Nous attardait parfois un colloque subtil.
Il est mort. Je lui parle encore
Mais oh ! M'entend-il ? M'entend-il ?
Ailleurs, c'est quelque vieille et sensible demeure.
Des amis y étaient, ou même des parents.
Le jour est venu : je les pleure
Et cherche leurs spectres errants.
Presque partout, depuis que l'âge m'a changée
Et dans mon être a mis cette maturité,
Je puis me dire : "Ils ont été !"
Je rôde dans un hypogée.
Tout autour de soi, voir un monde qui vivait
Tomber, feuilles au vent d'une saison finie,
Même un simple chien qu'on avait
Et qui vous tenait compagnie…
Ceux qui restent sont là, péremptoires et forts.
On se croit éternels, on se querelle, on s'aime.
Mais demain ?… Dès la terre même,
C'est le dialogue des morts.
Vivre, ou plutôt survivre ! Un escalier de tombes
Nous mène lentement vers nous ne savons quoi.
Et sur chaque degré plus froid,
Se taisent les voix des colombes.
Et nous montons, toujours plus seuls, dans plus de noir,
Peinant à chaque pas, cet escalier funèbre
Qui mène vers plus de ténèbre
Ou bien vers le final espoir.
— Je ne puis que redire en tremblant la prière
Apprise d'un de ceux qui me furent ôtés :
"Oh mon Dieu, si vous existez,
Faites-moi voir votre lumière !"