Tout ce menu bagage emporté chez les morts,
Ces objets familiers devenus si funèbres,
Ils s'uniront un jour aux débris de ton corps,
Confondus avec tes vertèbres
Cette croix et cet éventail et cette fleur,
Tout ce qu'au grand néant tendrement l'on confie,
Moi j'y ai joint, posée avec soin sur ton cœur,
Cette mince photographie
Et je sens quelquefois que mon sang bat plus fort,
Et, jusqu'au fond de l'âme, un mystère me trouble,
Lorsque mon sombre esprit songe à ce petit double
Qui couche avec toi dans la mort
Peut-être pour longtemps suis-je encore vivante,
Selon les jours comptés que le sort m'infligea.
Me faut-il donc savoir, rêverie émouvante,
Mon visage enterré déjà ?
Dans son cercueil tout neuf, encore intacte et belle,
La douce morte était d'ivoire précieux.
Mais à présent je sens, avec d'immenses yeux,
A quoi mon image se mêle.