Jeune fille, salut ! Ton oreille est plus rouge Que ta petite bouche en fleur. Intacte, indubitable et royale fraîcheur, Féminité fermée où pas un nerf ne bouge,
Tes flancs sont mûrs pour leur devoir d'éternité, Mais tu n'as pas encor pâli d'une parole D'amour ; nul souffle errant n'effleura ta corolle, Grand lys qu'aucun pollen encor n'a visité.
Urne scellée, humble petite, pathétique De toute la candeur de ton œil ignorant, Sois vouée à l'amour qui renverse et qui prend Le cœur clos de la vierge et son corps hermétique.
Tu ne sais pas l'orgueil de subir un amant, De gémir sous sa force ardente qui vous plie. Pourtant n'es-tu pas femme aussi, monstre charmant, O vierge ! inquiétante et douce anomalie ?
Tu portes sans savoir, parmi les plis peureux Des robes, ne pouvant toi-même te connaître, Le vide sensuel ou glacé de ton être. Tu ne sens pas en cor comme ton corps est creux.
Et tu portes aussi sans soupçonner ses rêves Ton cœur encor léger qui pèsera si lourd, Ton cœur où ne sont pas entrés les quatre glaives Invisibles : désir, haine, douleur, amour.
Cependant tu seras à ton tour poignardée Dans ton âme innocente et ta candide-chair, Et tu te sentiras à jamais possédée Par l'homme, esclave et maître, ennemi, mais si cher
Je te regarde au seuil de l'enfance achevée, Jeunesse sans histoire encor, transition ! Mais je sais qu'en toi guette, endormie et lovée, La bête du plaisir et de la passion.
Te voici, dangereuse à-la fois et si pure, O petit sphinx charnel, ô petit sphinx mental ! Te voici : salut donc à toi, femme future A qui l'amour fera tant de bien et de mal.
Salut, salut à toi dont l'oreille est plus rouge Que ta petite bouche en fleur, Intacte, indubitable et royale fraîcheur, Féminité fermée où pas un nerf ne bouge !
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