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1932

DIRES DU MONT SAINT MICHEL

Lucie DELARUE-MARDRUS

Ce roc fut armé chevalier, On croirait, par le Moyen-âge. Forteresse du marécage, Il garde un trésor oublié.

Son armure luit, écaillée, Dans la lumière d'aujourd'hui ; Nulle vase ne l'a souillée Non plus qu'éteinte aucune nuit.

Luttant, éternelle équipée, Contre le vent, le ciel et l'eau, Calme, il brandit sa flèche haut, A la manière d'une épée.

Il brave l'horizon amer D'où monte une marée étrange. Il reste le géant archange, Saint-Michel en Péril de Mer.

Le dragon que combat sa lance, Sans cesse et passionnément, C'est le sournois enlisement Dans la boue ou dans l'incroyance.

Debout, seul sur l'espace plat Plein de remous et de menace, Il semble dire à cet espace : " Ne t'approche pas. Je suis là."

Au bout de la longue campagne Le Mont catholique apparaît. Mais quel regard d'abord saurait S'il est Normandie ou Bretagne ?

Des limites de terre et d'eau N'indiquent aucune frontière. Partout c'est la même lumière, La terre basse et le ciel haut.

Or, avec ses siècles, l'Histoire Est là pour maintenir les droits ; Et le roc, silhouette noire Parmi le bleu des courants froids,

Semble, entre cette plaine agreste Et ce large désespéré, Déclarer, immobile geste : "Normand je suis, et resterai !"

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