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1932

DIALOGUE

Lucie DELARUE-MARDRUS

Bien que très occupée à vivre, J'examinais ce crâne humain Dans ma main, Et le déchiffrais comme un livre.

— Oh ! Combien j'ai pitié de toi… ! Commença notre dialogue. Mais lui, rogue : — Sais-tu comme je te plains, moi ?

Muscles, nerfs, organes, viscères, Toute pleine de battements, De ferments, Et de fluides délétères,

Il te faut les soins et l'effort Pour que rien en toi ne dévie, Car la vie Est en constant danger de mort.

Bien que me regarder t'attriste, Moi, sec et dur comme un rocher, Arraché, Des pourritures, je persiste.

Mais toi, changée à tout instant, Sans cesse tu te décomposes, Regrettant Enfance et jeunesse, ces roses.

Toi tu meurs. Moi je suis la Mort. Je suis dans l'absolu. Regarde ! Rien ne mord Sur ma face hilarde et camarde.

Pauvres vivants ! Votre au delà, Intact pour des siècles encore, Le voilà ! C'est le Dieu que votre âme adore !

— Ainsi donc ta solidité, Dis-je, est la fin de l'aventure, Vérité Qui ris de toute ta denture ?

Laisse-moi te montrer mes dents, Ce commencement du squelette. En dedans Je le sens tout entier qui guette.

J'ai peur de mon futur portrait. J'ai peur de cet ossement stable, Monstre abstrait Que j'ai posé là sur ma table.

J'ai peur de toi, final destin, O macabre globe terrestre, Monde éteint, Toi que, vivante, je séquestre !

Mais que m'importe ! J'ai le temps D'attendre la métamorphose ! … Et la chose M'a répondu : "Pas bien longtemps !"

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