Je rêve par les nuits à l'amour qui sanglote,
Amours non sus, amours trahis,
Amants qu'on n'aime pas, ou pire, amants haïs,
Pleurs de paria, pleurs d'ilote.
Je rêve à vous, cheveux blanchissants sur les fronts,
Poings qu'on enfonce sans les bouches,
Détresses dans secours qui pâmez sur des couches,
Cœurs qui saignez dans des girons.
A toi, lente insomnie ouvreuse de prunelles
Dans la muette obscurité,
Où la mort qui sourit tend ses mains fraternelles
Et tout bas parle du Léthé !
Et telle que serait quelque oraison nocturne
Sans signe de croix et sans mots,
Ma pitié va roder à l'entour de ces maux
Comme un fantôme taciturne.
… Ah ! qu'au moins, ah ! qu'au moins dans leur être béant
Où le glas de la mort bourdonne,
Le sommeil un instant descende, puisqu'il donne
Comme un avant goût du néant !