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1901

DEUXIÈME NOCTURNE

Lucie DELARUE-MARDRUS

Je rêve par les nuits à l'amour qui sanglote, Amours non sus, amours trahis, Amants qu'on n'aime pas, ou pire, amants haïs, Pleurs de paria, pleurs d'ilote.

Je rêve à vous, cheveux blanchissants sur les fronts, Poings qu'on enfonce sans les bouches, Détresses dans secours qui pâmez sur des couches, Cœurs qui saignez dans des girons.

A toi, lente insomnie ouvreuse de prunelles Dans la muette obscurité, Où la mort qui sourit tend ses mains fraternelles Et tout bas parle du Léthé !

Et telle que serait quelque oraison nocturne Sans signe de croix et sans mots, Ma pitié va roder à l'entour de ces maux Comme un fantôme taciturne.

… Ah ! qu'au moins, ah ! qu'au moins dans leur être béant Où le glas de la mort bourdonne, Le sommeil un instant descende, puisqu'il donne Comme un avant goût du néant !

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