Deux barques, suprêmes carcasses
Dont le squelette est presque humain
Ont échoué dans les eaux basses
Qu'on voit le long de ce chemin.
Ce chemin qu'une herbe tapisse,
Qu'envahit la vase du port,
Ce chemin-là mène à l'hospice,
Sombre antichambre de la mort.
A cette place, oh ! ces deux barques,
Oh ! ces deux barques, noirs profils,
A trois pas de l'antre où les Parques
Coupent distraitement des fils !
Ces deux barques, force finie,
Déchet dont ne veut plus la mer,
A trois pas de l'autre agonie,
De l'autre déchet plus amer !
Tout près de ces hommes et femmes
Qui sanglotent leurs derniers jours,
Ces deux barques, comme des âmes,
Appellent en vain au secours.
Or, pleine d'audace et de grâce
En face de ces débris morts,
La vie au loin passe et repasse
Blanche, et toutes voiles dehors.
— Regardez, vieux veufs, vieilles veuves,
Carcasses, rebuts écrasés :
Avec leurs avants aiguisés,
Elles passent, les barques neuves !