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1905

DÉCLARATION

Lucie DELARUE-MARDRUS

Tu m'as lavé, tu m'as drainé mon âme lâche Où la mélancolie avait mis son baiser, Et raclé dans leur mal mes os civilisés Avec ta dureté pareille à une hache.

Tes mains ont libéré toutes mes passions, Décourbé rudement l'ankylose peureuse Des siècles, arraché mes fibres douloureuses Du terrain de la race et des traditions.

Maintenant, je connais et je peux. Mon écorce Éclatée a laissé toute mon âme à nu. Je pousse vers la vie un tel cri suraigu Qu'elle aura peur de moi, peut-être, et de ma force.

Je veux vivre ! La mort rôdera vainement : Elle fut mon espoir, elle devient ma crainte. — Donne ta main ! Allons, d'une énergique étreinte, Prendre la Destinée avec des bras d'amant ;

Donne ta main ! Je veux y cramponner mon geste, Et, défiant la vie et défiant la mort, M'enfermer en toi seul comme en un château fort Pour dominer l'abîme ouvert de tout le reste.

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