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1902

DÉBORDEMENT

Lucie DELARUE-MARDRUS

Ma tête fut longtemps pesante et réfléchie Dans mes mains calmes, sous les lampes du travail… Mais ton corps s'est couché, de lait et de corail, Sur mon cœur, et voici mes yeux noirs d'anarchie

Dans le désordre roux des tresses de mon front ; Voici ma nudité glissante aux deux seins ronds, Voici mon geste épris de débauches antiques, Voici le rire fou de ma bouche bachique !

Évohé !… Piétinons tous nos rêves anciens, Toute notre pudeur, toute notre folie, Tous nos soirs de sagesse et de mélancolie ! Dansons sur le passé comme sur des raisins

Intacts et ruisselants encore de rosée, Pour que, de leur fraîcheur durement écrasée Jaillisse à rouges flots le vin amer et fort De la vie !…

— O l'amour ! O ma bouche ! O ton corps !…

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