Notre Seine si patiente entre ces murs
Où, de jour et de nuit, tu vas, étroite et jaune,
Qui te donne aujourd'hui, pour des destins obscurs,
Le furieux élan de ton frère le Rhône ?
Nous entendons d'ici ton grand flot débordé,
Toi, toi qu'étreint Paris sans que tu t'en émeuves !
Saisis de peur, nous nous penchons à regarder
Ces tourbillons qui sont la colère des fleuves.
Quel mauvais temps, quelle injustice de l'hiver
Harcela ta douceur jour à jour, goutte à goutte,
Pour qu'ainsi, brusquement, ton eau se gonfle toute
Avant de se jeter au néant de la mer ?
Nous pensons à ta source, au filet clair que bleute
Le ciel, et qui tiendrait dans le creux d'une main.
Faut-il, Seine, qu'au long de l'éternel chemin
Tu coures maintenant avec ce bruit d'émeute !
Que vas-tu faire de tes ponts, quais, berges, bords,
Grande eau fâchée, envahissante, et qui veux mordre ?
Toi si docile hier et qui n'est plus dans l'ordre,
Quels dégâts suffiront à ta rage, et quels morts ?
Nous songeons. Nous disons : « Cette Seine est pareille
A la foule qui va comme un flot innocent
Et qui soudain, un jour, rebelle, se réveille
Et déborde, et se change en un fleuve de sang.
Tourbillons, révolutions, cris, meurtres, haines,
La fin de tout ! L'ancien monde est démoli ! »
Que non ! Le peuple en rage est comme cette Seine
Oui rentrera demain, tranquille, dans son lit.