Skip to content
1910

DÉBORDEMENT

Lucie DELARUE-MARDRUS

Notre Seine si patiente entre ces murs Où, de jour et de nuit, tu vas, étroite et jaune, Qui te donne aujourd'hui, pour des destins obscurs, Le furieux élan de ton frère le Rhône ?

Nous entendons d'ici ton grand flot débordé, Toi, toi qu'étreint Paris sans que tu t'en émeuves ! Saisis de peur, nous nous penchons à regarder Ces tourbillons qui sont la colère des fleuves.

Quel mauvais temps, quelle injustice de l'hiver Harcela ta douceur jour à jour, goutte à goutte, Pour qu'ainsi, brusquement, ton eau se gonfle toute Avant de se jeter au néant de la mer ?

Nous pensons à ta source, au filet clair que bleute Le ciel, et qui tiendrait dans le creux d'une main. Faut-il, Seine, qu'au long de l'éternel chemin Tu coures maintenant avec ce bruit d'émeute !

Que vas-tu faire de tes ponts, quais, berges, bords, Grande eau fâchée, envahissante, et qui veux mordre ? Toi si docile hier et qui n'est plus dans l'ordre, Quels dégâts suffiront à ta rage, et quels morts ?

Nous songeons. Nous disons : « Cette Seine est pareille A la foule qui va comme un flot innocent Et qui soudain, un jour, rebelle, se réveille Et déborde, et se change en un fleuve de sang.

Tourbillons, révolutions, cris, meurtres, haines, La fin de tout ! L'ancien monde est démoli ! » Que non ! Le peuple en rage est comme cette Seine Oui rentrera demain, tranquille, dans son lit.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
DÉBORDEMENT · Lucie DELARUE-MARDRUS · Poetry Cove