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1910

DE ROME

Lucie DELARUE-MARDRUS

Qu'il y eût là cet enfant pauvre aux yeux de chien Qui nous voyait par les carreaux manger et boire, Je sentais dans mon sang que ce n'était pas bien, Et que malgré le temps et que malgré l'histoire

Nous étions les contemporains des durs aïeux De Rome, quoi qu'en dise aux quatre vents notre âge. Car, malgré tout, la pauvreté, c'est l'esclavage, Et l'injustice c'est l'esclavage. Et les dieux

Ne sont plus, n'est-ce pas, Rome, ville éternelle ? Rome… Sortirons-nous un jour de son giron ? Mènerons-nous vraiment notre puissant coup d'aile Vers des sommets nouveaux où nos enfants naîtront

— Avenir, avenir, dis si j'ai des yeux d'aigle ! Vois-je déjà de loin l'ultime, changement ? Sinon tout est mensonge et notre progrès ment, Et nous vivrons toujours selon la vieille règle,

Tant qu'il subsistera, derrière nos carreaux, Dès affamés à qui nous jetterons nos os.

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