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1908

DE RETOUR

Lucie DELARUE-MARDRUS

Sur les quais de Rouen dont la masse s’allège De mâts, de flèches d’or et de peupliers droits, Dans l’odeur du bois de Norvège Marchant sur nos pas d’autrefois.

Nous regardions avec des prunelles changées. Car nous avions humé d’autres parfums plus forts. Frôlé d’autres coques chargées Et le désordre d’autres ports.

Nous sentions vivre en nous cette philosophie De revenir plus gaie avec des yeux meilleurs Du fond de la géographie Et des voyages vers ailleurs.

Comprendra-t-on jamais la mémoire qui hante L'être qui, lourd encor des roulements du flot, Va d’une marche titubante Avec un cœur de matelot ?

Ainsi, l’esprit rêvant de choses nostalgiques. Et plein des souvenirs du loin comme d’un lest, Nous allions sous les cieux obliques Du nuageux mois d’août de l’Ouest.

Et, revenue au port, loin du large où l’on tangue. Heureuse, nous riions de nous sentir chez nous Et de parler la rude langue Sarrasine au pays des roux.

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