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1908

DE HONFLEUR

Lucie DELARUE-MARDRUS

Honfleur, ma ville, je te vois Du haut de ta colline, ô pluvieuse, ô grise. Entre les flots pressés de ta mer qui se brise Et le moutonnement terrien de tes bois.

Que de fois, devant d’autre villes, J'évoquai tes contours tout immatériels, Parmi l’Afrique fauve et ses blancheurs faciles. Te voici donc enfin devant mes yeux réels.

Ma cité, combien sont tes plages Tristes, ton estuaire évasif et navré ! Mais que sont gais et sains et riches tes herbages. Tes arbres lourds de fruits et d’automne doré !

Parmi tes clochers et tes phares Tu sens toujours le foin, la vase et le goudron, Et tes barques toujours tirent sur leurs amarres Et tes oiseaux de mer tournent toujours en rond.

Le temps où l’on allait aux Iles Persiste en toi, parmi quelque quartier noirci. Moi qui reviens de loin, ô ville entre les villes, Je sais bien que, tous les voyages, c’est ici.

Et sur ton profil de bitume Et d’opale, montant de l’amas sombre et clair. Je regarde s’étendre en biais vers la mer Cette grande fumée ou cette grande brume.

Phantasme traversé d’oiseaux. Cette fumée ou cette brume qui s’élève. N’est-ce pas, élancé de ma ville de rêve. Mon esprit qui s’épand sur la terre et les eaux ?…

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