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1908

DANS LES JARDINS

Lucie DELARUE-MARDRUS

Nous faisions d'émouvants bouquets de mariée, Sous l'orientale feuillée. Nous prenons des rameaux d'oranger, les mêlant Aux immaculés iris blancs.

Les monts harmonieux, à travers les lianes, Montraient leurs lignes presque planes. Le beau temps sur la mer répandait la lueur De son ciel pâle de chaleur.

Nous pensions, au milieu des jardins solitaires, Être restés seuls sur la terre. Et nous allions ainsi, lentement, devant nous, Sans nous parler, sans savoir où,

Jusqu'à ce que la nuit tombât sur notre joie Comme un subit oiseau de proie… Jour d'Afrique mouillée et chaude, averse molle… Lorsque dans les jardins arabes, les odeurs

Comme des guêpes nous attirent vers les fleurs, Au passage, ma bouche ouvre une rose folle. Et relevant au ciel mon visage arrosé, Je cours de-ci de-là, tout ivre du baiser,

Croyant que le printemps, sur des lèvres naissantes, M'a donné tout à coup son âme adolescente. L'odeur des fleurs mêlée à la brise marine, Dans les jardins carthaginois,

Nous laisse sans désir, sans pensée et sans voix. Toute notre âme est dans nos yeux et nos narines, Le printemps dit : « Respire et vois ! » Voici la mer. Voici les fleurs. Regarde ! Écoute !

Porteurs de branches d'oranger, D'œillets poivrés, d'iris fastueux et légers, En rentrant à la nuit, lents et les bras chargés, Nous nous effeuillons sur les routes.

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