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1908

DANS LE CHANTIER

Lucie DELARUE-MARDRUS

Dans le chantier, nous irons voir si les charpentes Des barques qu’on bâtit devant l’infini clair Sont prêtes à glisser bientôt le long des pentes Qui doivent les mener pour toujours à la mer.

Nous aimons tant à contempler ces grosses côtes, Ces squelettes de bois dont s’enflent les beaux flancs Pour la lutte future avec les vagues hautes. Par des jours et des nuits d’orages gris et blancs !

Qui peut prophétiser, ô bien peintes, ô neuves, Vous qui ne connaissez du large rien encor, Par quels ciels étoilés et par quelles épreuves Furibondes vous passerez avant la mort,

Avant la lamentable mort de cette épave Qui fut barque, et qui, maintenant, sur le côté. Étale à quelques pas sa charogne concave Devant ce même flot qui doit vous emporter…

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